« Les mégamarques sont perçues comme un lieu d’accès à la dignité. C’est très important pour les jeunes. La marque est pour eux un mode de construction. On en arrive à un habit collectif qui permet l’accès à la cité[1]».
L’ « Entertainment » repousse les limites du marketing à un niveau plus éloigné selon le schème initialement proposé des cercles concentriques entre l’entreprise et le consommateur.
Après l’«Unique Selling Proposition » (USP) en 1960, le marketing découvre la UVP, ‘unique visible proposition’. La marque doit être unique aux yeux du plus grand nombre et les plus grands groupes s’attacheront à construire des « Global Brands » clairement identifiables. Seule l’unification des marques au niveau mondial permet de diriger une partie des budget de communication vers les évènements mondiaux, le plus souvent sportifs, qui promettent de réunir les audiences les plus élevées (Jeux Olympiques, Coupe du Monde, Formule 1, Finale du Superbowl américain, …).
Le groupe agro-alimentaire français BSN comptait une quarantaine de marques mais seul un petit nombre était présent dans plusieurs pays et pouvait justifier leur participation à ces évènements à forte audience. La transformation du groupe BSN en Danone s’accompagna de son recentrage autour d’un nombre réduit d’activités (eaux minérales, produits laitiers) et de la revente des activités de biscuiterie, de confiserie, de bières, de pâtes alimentaires et de condiments. La stratégie du groupe de réduire son portefeuille de marques lui a permis de faire figurer les marques conservées parmi les trois à cinq premières dans le segment de marché considéré[2].
Cette communication globale des produits tire profit de la starisation des personnalités. Cette démarche n’est pas nouvelle et elle est inspirée du monde du show-business. Les univers de la musique et du cinéma avaient déjà faits de certains acteurs (Marylin Monroe, James Dean) ou chanteurs (Elvis Presley, Frank Sinatra, les Rolling Stones, les Beatles) des icônes mondiales dès les années 1950-1960.
La démarche de starification d’un petit nombre de marques fût commune à l’ensemble des industriels des biens de consommation. Pendant une vingtaine d’années l’envers des linéaires d’un hypermarché ressemblait à un gigantesque Monopoly. La finalité de chaque entreprise était de grandir au point d’appartenir au groupe des leaders globaux de sa catégorie pour, le plus souvent, pouvoir s’attacher les services d’icônes mondiales : Les actrices de cinéma pour L’Oréal, une star du ballon rond pour Danone.
La constitution d’oligopoles parmi les secteurs les plus avancés s’accompagna d’une concentration similaire parmi l’industrie d’accompagnement des annonceurs c’est à dire les prestataires de services. Le modèle retenu fut à nouveau le linéaire de supermarché avec l’émergence d’un Top Cinq des fournisseurs : agences de publicité, société d’études de marché, fournisseurs de matières premières et d’emballages, transporteurs, cabinets d’audit, conseils d’achat d’espace, conseil en stratégie, conseil en informatique. La liste n’est pas close mais dans chaque sous-secteur l’objectif est d’atteindre une taille critique qui correspond à une présence minimale sur les principaux marchés mondiaux (Amérique du Nord, Europe, Japon, Corée du Sud et Océanie).
Le modèle dominant du nouveau « global marketing » s’inscrivait pleinement dans cette influence croissante de l’entreprise dont une symbolique forte restera en France l’émission de télévision, Vive la Crise, présentée sur une chaine du service public à une heure de grande écoute par l’ancien militant communiste et artiste, Yves Montand au mois de février 1984.
Les valeurs de la distinction, de la starisation et de la quête du bonheur par l’affichage ostentatoire allaient être protées au pinacle par l’industrie du luxe qui saura faire fructier cet engouement.
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