L'annonce récente du sauvetage du constructeur automobile allemand fut une décision politique. Rien ne dit qu'elle s'avèrera fondée économiquement pour trois raisons complémentaires : un management improbable, un actionnariat désuni, un marché en sur-capacité de production.
1. Un management improbable
Dés 1988 un dirigeant de General Motors (la maison mère d'Opel)
évoquait l'incapacité du géant de Detroit à se réformer :" we have
vastly underestimated how deeply ingrained are the organizational and
cultural rigidities that hamper our abiity to execute".
Vingt ans plus tard General Motors est en faillite et rien ne permet
d'établir qu'il n'en fut pas de même au siège d'Opel. Or, la relance
d'une entreprise en difficulté repose avant tout sur la capacité des
managers à innover, à penser différemment, à faire beaucoup avec peu :
des qualités à mille lieux du management très bureaucratique et
hiérarchique de General Motors.
De plus le premier défi des nouveaux actionnaires sera de retenir les
cadres les plus méritants qui ont sûrement envie d'aller dans des
sociétés à l'avenir plus prometteur.
2. Un actionnariat désuni
La cohabitation de financiers russes inféodés au pouvoir politique (lire les premières déclarations de V Poutine) avec
des sous-traitants entrepreneurs canadiens n'engendrera pas, par miracle,
des spécialistes de l'industrie automobile. Or, cette industrie est
particulièrement complexe et les récents échecs des fonds
d'investissement acquéreurs de Chrysler et précédemment de Rover
montrent combien ce métier est difficile comme insiste un excellent économiste français, Robert Boyer, dans cette étude du GERPISA (une structure d'analyse et de réflexion dédiée à l'industrie automobile).
Faire fonctionner ensemble : une banque de crédit à la consommation pour le financement des véhicules, un service de distribution et de logistique élaboré et enfin établir la production de haute qualité de voitures attractives sur un marché au mieux stable voire en déclin est une tâche particulièrement ardue où seuls peuvent espérer réussir les plus expérimentés et les mieux armés. Je crains que l'attelage russo-canadien soit bien éloigné de ces contraintes managériales.
3. Un marché en surcapacité
Les spécialistes répètent à l'envie que la capacité de production
européenne est largement excédentaire et les concurrents feront tout
pour essayer de réduire la concurrence en séduisant les meilleurs
concessionnaires, comme en attirant les meilleurs cadres.
L'histoire économique des entreprises nous enseigne que les secteurs
industriels suivent régulièrement la courbe d'évolution des produits
(lancement - croissance - maturité et déclin) et que les marchés se
règlent par la disparition ou la fusion/absorption des plus fragiles
sans que cela ne remette en cause l'équilibre économique des pays : les
Etats-Unis ont détruit 5,7 millions d'emplois depuis le début de la crise dont environ 5% pour
l'industrie automobile. Aussi tristes que soient ces chiffres, se focaliser sur le sauvetage d'une seule compagnie
fut-elle emblématique (General Motors aux USA, Opel en Allemagne) est
important politiquement mais négligeable économiquement.
Or, les fonds investis dans les industries d'hier manqueront pour
susciter les industries de demain selon la toujours juste théorie de "la
destruction créative" de Joseph Schumpeter si souvent mentionnée ici.
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