J'ai toujours beaucoup évoqué Dominique Wolton sur ce blog car cet universitaire est un des meilleurs connaisseurs du monde des medias en France.
J'ai découvert ce matin cet extrait de son nouvel ouvrage sur le blog de Dominique Paillé.
Dans un petit bouquin salutaire, « Mc Luhan ne répond plus » aux éditions de l'Aube, il est interviewé par Stéphane Paoli (journaliste) et Jean Viard (sociologue). Il réagit à actualité récente pour remettre en perspective la communication. Par exemple : Plus l'homme est rapide, moderne, performant et technologique, plus il va aspirer à la recherche du sens, de la méditation, du silence, de l'Autre. (...)
La communication est une question politique et non technique. (...) On « rate » tellement la «com » humaine que l'on pense trouver la solution dans la « com » technique. (...) Internet satisfait la logique de réseaux et de communautés, mais se trouve plus faible pour créer du lien social, au-delà de toutes les identités."
Tout à fait d'accord avec l'idée que la diffusion croissante de la technologie exige simultanément son pendant, la diffusion de sens pour rééquilibrer. Par contre je pense que si Internet permet de créer du lien social mais sans que cela ne soit automatique. Une formation à l'utilisation d'Internet est certes nécessaire mais les réseaux sociaux, les blogs comme les sites de rencontre sont bien les moteurs du lien social appliquées à notre époque.
J'ai envie de rapprocher cette citation de Dominique Wolton de cette formidable phrase écrite en 1936 par le grand philosophe et commentateur de l'actualité du début du XX° siècle, Walter Benjamin, grand amoureux de Paris et qui est de plus en plus cité aujourd'hui :
" Pendant des siècles un petit nombre d'écrivains se trouvaient confrontés à plusieurs milliers de lecteurs. Cette situation a commencé à changer à la fin du siècle dernier (i.e : XIX° siècle). (...) et il n'existe guère aujourd'hui d'Européen qui, tant qu'il garde sa place dans le processus du travail, ne soit assuré en principe de pouvoir trouver, quand il le veut, une tribune pour raconter son expérience professionnelle, pour exposer ses doléances, pour publier un reportage ou un autre texte du même genre. Entre l'auteur et le public, la différence est en voie, par conséquent, de devenir de moins en moins fondamentale. Elle n'est plus que fonctionnelle et peut varier d'un cas à l'autre. A tout moment, le lecteur est prêt à devenir écrivain."
Je tire cet extrait d'un article 'Internet et la synthèse collective des goûts' de Nicole Auray et Michelle Gensolen dans un très bel ouvrage que je vous recommande chaudement, Goûts à vendre, Essais sur la captation esthétique. Ce livre a été dirigé par Olivier Assouly, directeur scientifique de l'Institut Français de la Mode et auteur de plusieurs ouvrages sur le goût et l'esthétique.
La lecture de ces deux propos à 73 ans d'écart m'inspire le constat suivant : le progrès technique est souvent perçu sous son côté sombre en le regrettant (moindre lien social pour Dominique Wolton en 2009 et diffusion désordonnée des opinions pour W Benjamin en 1936). Il est peut-être possible de suggérer que le progrès technique commande le progrès social et que le rôle des analystes est peut-être plus de l'encadrer et de l'accompagner et non de le regretter de manière relativement désabusée.
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