« En créant dans l’esprit de votre consommateur la ‘position de votre marque’ qui reflète ses forces et ses faiblesses vous obligez vos concurrents à vous déterminer par rapport à cette position[1]».
La proposition d’Al Ries et Jack Trout a radicalement changé la façon de communiquer d’une marque mais elle était en même temps la synthèse logique des démarches de communication fondées sur l’USP et la recherche d’empathie avec le consommateur.
L’introduction de ce concept du positionnement marque un point d’inflexion important dans la pensée marketing. Jusqu’aux débuts des années 1970, les entreprises s’attachaient à développer leurs relations avec leurs clients et distributeurs d’une manière relativement autonome et sans accorder une importance particulière à la concurrence.
L’inflexion apparaît à la même période qu’une révélation importante en sociologie sur l’importance des liens faibles par le professeur Granovetter :
« La réalité de la vie économique doit donc être bien plus qu’un simple aller-retour anonyme sur la scène marchande car le contexte social s’entrelace autour des actions et des transactions économiques[2]».
La convergence est de nouveau établie entre les trois apports, culturel, économique et enfin politique. L’introduction de l’importance à accorder aux liens faibles et forts souligne la nécessité pour les entreprises d’accroître la valeur économique de leur relation avec leurs consommateurs au moyen d’un positionnement optimal.
Le marketing, pensé initialement à partir de l’idée d’une transaction fondée sur l’échange immédiat, commençait à évoluer vers une relation durable dans le temps. Le positionnement proposé par Al Ries et Jack Trout privilégiait l’emprise laissée par l’entreprise dans l’esprit du consommateur soit la représentation du produit plutôt que sa réalité.
Le positionnement des entreprises et des marques consacre la représentation subjective plutôt que l’apport objectif et fonctionnel d’un produit ou d’un service. Lorsque la marque de locations de voiture, Avis, stipule « nous sommes les numéros deux, alors nous travaillons plus dur (we try harder) » son référent n’est plus une qualité absolue (la location de la meilleure voiture au meilleur prix et dans les meilleures conditions) mais bien d’apparaître dans l’esprit des futurs clients comme la marque « qui en fait le plus ».
Le marketing contemporain de la crise du pétrole et du dernier quart de siècle va intégrer ces nouvelles contraintes à ses acquis déjà vieux de plus d’un siècle. Celles-ci consolideront la discipline tout en testant en permanence son adaptabilité à un environnement de plus en plus changeant car varié et ouvert sur le monde.
Finalement la poursuite de la satisfaction des attentes des consommateurs dans le cadre de la société de consommation s’accorde avec une vision élargie du rôle du marketing comme le soulignaient dans leur article de 1969 sur l’extension des frontières du marketing les professeurs Kotler et Levy. Ce rapprochement entre les trois univers, culturel, économique et politique va se nouer de nouveau autour de la notion de réseau. Cette idée centrale irriguera l’évolution du marketing dans les années à venir et en deviendra la matrice à la fin du XXe siècle.
Autant théorie que pratique, la discipline du marketing avait bénéficié des progrès multi-dimensionnels des sociétés occidentales autant qu’elle les avait nourris. Les contestations de l’année 1968, loin de le déstabiliser lui permirent, au contraire, de prouver sa flexibilité et son adaptabilité grâce à l’émergence, qui s’avérera pérenne, de l’idée de contre-culture.
Le marketing était dorénavant bien inséré dans un réseau d’interactions auquel il se devait de participer et qu’il ne pouvait ni ne savait dominer, sinon dans l’esprit de ses pires critiques qui en étaient souvent ses plus mauvais exégètes. Paradoxalement ce tissu d’interactions allait favoriser une période nouvelle de distinction plutôt que démocratisation de la consommation. Une orientation nouvelle et bien différente du marketing des trente années écoulées allait s’engager.
Les entreprises allaient être amenées à progressivement quitter les rives de la relation exclusive avec leurs consommateurs pour aborder celles plus tumultueuses de la concurrence et dès lors d’un marketing moins objectif mais plus subjectif ou « émotionnel » selon le mot de Gilles Lipovetsky.
[1] Al Ries et Jack Trout, « The positionning Era Cometh », Advertising Age, 1972.
[2] Mark Granovetter, « The Strength of Weak Ties », American Journal of Sociology, 78, p. 1360 -1380.
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