« Ce n’est plus nous qui vendons, c’est le consommateur qui achète ».
Les directeurs commerciaux ont appris de cette formule lapidaire prononcée par un vendeur d’une concession automobile à l’occasion du lancement par Renault de sa voiture low-cost, la Logan en 2005. Les nouveaux « consom’acteurs » attendent de leurs entreprises l’implication effective des diverses parties prenantes, pour leur faire partager et valider les modes de conception (l’éthique), de production (le développement durable) mais aussi de commercialisation des produits (le commerce équitable).
Le marketing collaboratif a pour tâche d’intégrer ces trois nouvelles exigences en y associant les consommateurs qui sont avant tout des citoyens. Certaines entreprises ont déjà commencé, à des niveaux divers, cette implication, comme en témoigne la classification[1] proposée selon quatre grandes familles d’action.
La Suggestion est le premier niveau (1). La mise à disposition d’un service de dialogue avec les consommateurs est identifiée comme le critère d’entrée de l’implication de l’entreprise à l’image du forum du site de Danone, Danoneetvous. Au niveau supérieur le service consommateurs suggère aux clients de lui proposer des idées personnalisées qui bénéficieront d’un suivi en interne. C’est par exemple la politique adoptée par Unilever avec son site Pour tout vous dire (pourtoutvousdire.com[2]) (2° niveau).
La seconde catégorie comprend un début d’échange concret entre l’entreprise et son consommateur (3° niveau). La SNCF a invité les utilisateurs actuels de la liaison Paris -Lille à s’impliquer dans la rénovation et l’évolution de la liaison TGV entre Paris et Lille.
Le 4° niveau est représenté par le travail fourni par le quotidien Les Echos qui a créé trois cercles de rencontre et d’animation en ligne pour permettre aux internautes d’échanger à la fois entre eux et avec les journalistes qui animent ces sites. Ces cercles mettent en avant les réactions et les articles les plus appréciés de lecteurs amateurs de plus en plus engagés. La démarche est personnalisée et permet de valoriser l’implication des rédacteurs soit une étape supplémentaire dans la reconnaissance de l’internaute.
Le troisième critère de classification entraîne une adaptation des structures internes que préfigure d’ailleurs la démarche d’ouverture du journal Les Echos. Les entreprises admettent progressivement que l’accroissement de la participation a un impact sur leur organisation. L’entreprise d’équipements dédiée aux sports de glisse, RipCurl (5° niveau), a souhaité développer sa marque dans une perspective communautaire. La marque a conçu un wiki adossé à la cartographie de Google pour permettre à chaque surfeur d’indiquer dans le monde les meilleurs ‘spots’ avec ses caractéristiques d’utilisation (horaires privilégiés, modes d’accès, …). Le développement de cette initiative a requis chez RipCurl une éducation généraliste (géographie et informatique) plus que marketing. De la même manière le site d’informations Rue89 a reconnu que 38% de ses connections provenaient des réseaux communautaires[3].
Le sixième niveau est atteint quand les entreprises sont amenées à accroître la sollicitation de suggestions extérieures de la part de non-professionnels. Ce sont des écoles de design dans le cas de Henkel, Electrolux ou Nespresso. Les équipes marketing doivent alors accepter de travailler autrement pour intégrer des concepts non pas issus de leur propre rang mais de l’extérieur et souvent chez des étudiants bien plus jeunes qu’eux.
La dernière étape implique une modification progressive de la structure de l’entreprise pour devenir participative et facilitatrice. Dans le premier cas, l’entreprise cède une partie de la conception de son produit et des revenus associés. Le fabricant de jouets Lego (7) a mis en place un site dédié pour recueillir les idées de nouveaux produits de la part de ses consommateurs les plus assidus. En contrepartie de ce don, Lego rémunère l’innovateur dont les suggestions ont été retenues.
L’exemple ultime de collaboration réside dans l’effacement relatif de l’entreprise au profit de la création directe des produits par les consommateurs. Le fabricant d’électronique Philips (8) s’est engagé dans cette voie avec la création assistée sur ordinateur dans le monde virtuel de Second Life qui est ici accessible au plus grand nombre.
La graduation proposée illustre bien les changements progressifs que les entreprises seront amenées à conduire pour adopter pleinement les outils du marketing collaboratif. Cette évolution souhaitable est devenue possible grâce à un recours croissant aux nouvelles technologies et notamment avec l’essor des travaux en trois dimensions (3D) ce qui conduit vers l’Internet des objets (« Internet of things ») c’est à dire l’interconnexion croissante de l’homme et de la machine[4].
De nouveau la discipline du marketing est confrontée à l’interrogation de ses limites en regard des attentes de la société. Le marketing est poussé à se demander si son mode de fonctionnement actuellement le plus pertinent n’est justement pas d’intégrer la notion de système pour être en phase avec la caractéristique dominante des organisations et des sociétés, l’interdépendance.
Une présentation plus détaillée de cet essai de graduation a été proposée dans l'ouvrage
L'AMATEUR : JUGER, PARTICIPER ET CONSOMMER
[1] Nous nous permettons d’utiliser la proposition de classification issue d’un travail conduit en 2007-2008 et qui avait déjà été présentée dans Génération Participation, op.cit.
[2] Le site a été acheté par le groupe de communication Publicis le 1° septembre 2009.
[3] CB News, 8 février 2010.
[4] Pierre-Jean Benghozi, Sylvain Bureau, L’internet des objets : quels enjeux pour l'Europe ? , Paris, Maison des Sciences de l’homme, 2009.
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