Je suis resté absent de ce blog pour de bonnes et de moins bonnes raisons. La bonne et principale raison était la terminaison de mon prochain livre, une introduction à l'histoire du marketing qui sortira au printemps 2010.
La moins bonne raison est l'évidente lassitude qui peut prendre un blogger après trois ans de bons et loyaux services. Ecrire à fréquence régulière n'est pas toujours une chose aisée mais cela reste un grand plaisir puisque je n'ai pu résister très longtemps à l'attirance du clavier et à mon contact avec vous, les lecteurs.
Il m'est apparu intéressant d'essayer de souligner à mes yeux les éléments les plus marquants des deux mois écoulés.
La première caractéristique de cette période est très certainement la peur comme le mentionne en Une un newsmagazine.
1. La peur qui a conduit des salariés à se suicider sur leur lieu de travail
Je regrette que les petits chefs de France Telecom n'aient peut-être pas lu mon blog il y a déjà deux ans. Ils auraient compris que le suicide d'un salarié est sûrement le signal le plus dramatique de notre société actuelle.
2. La peur qui conduit les pouvoirs publics à relayer la crainte de la grippe A et à valoriser les propos des experts quand bien même dans d'autres secteurs (économie et finance pour ne pas les citer) ceux-ci ont lamentablement échoué.
J'ai ainsi reçu ce matin le courrier dit de "rassurance" de La Poste qui ne manque pas de lister toutes les protections de l'établissement public. La perle à relever : "la transmission par le courrier des virus Influenza a apparaît très, voire extrêmement limité, ...".
Encore durent-ils demander à un émérite professeur de médecine de bien vouloir se prononcer, puisque La Poste étant déjà gagnée par la peur, ses équipes ne peuvent se prononcer sur un tel point. La peur a déjà gagné les esprits. Belle victoire.
Si vous n'êtes pas encore convaincu, lisez cette excellente opinion parue dans Le Monde daté des 11 et 12 octobre : "quand l'entreprise perd sa peau, elle se vide de sa substance"*.
La deuxième caractéristique de cette période est l'obligation croissante de transparence, qui continue à abolir les frontières, ô combien indispensables entre vie publique et vie privée.
Membre du réseau LinkedIn je reçois un mail d'une amie (je la rencontre une à deux fois par an à des fêtes comme beaucoup d'amis sur les réseaux sociaux !). Elle m'informe (moi) pour ce job-ci et sûrement d'autres amis (!) pour d'autres positions où elle pourrait faire acte de candidature. En quoi cela me regarde-t-il qu'elle postule pour un nouveau travail et surtout que demandant ma recommandation (en quoi est-elle crédible, je n'ai jamais travaillé avec elle ?) elle me donne accès à son offre de job selon le texte ci-dessous :
"Je postule sur le réseau en ligne LinkedIn à un nouveau poste et vous serais très reconnaissant(e) d'appuyer ma candidature. Votre message parviendra directement à la personne qui a publié l'annonce".
Vous pouvez alors consulter le descriptif du poste en question. N'y suis-je pas contraint puisque ma recommandation est souhaitée. Et voici que je connais la proposition de travail, son salaire (!), dire qu'il y a quelques années les Français étaient si frileux pour mentionner leur revenu, mais aussi l'ensemble des attributions demandées par le recruteur.
Or, si cette amie a demandé ma recommandation c'est que je suis lié, via un autre ami (une relation avec qui je m'entends bien) à la personne qui recrute, elle-même salariée du cabinet de recrutement en charge de la mission pour le compte de l'employeur. Le plus terrible dans cette situation est qu'elle me transfère sa peur : si je ne l'aide pas en ne la recommandant pas je vais me sentir responsable du fait qu'elle ne soit pas prise pour cet emploi qui l'intéresse. Donc, non seulement cette amie se dévoile mais le prix (there is no free lunch) de cete information est le transfert de responsabilité sur mes épaules. Normal après tout que tout le monde ait peur, si tout un chacun devient responsable pour autrui, qui d'un job, qui d'une mise en relations, qui d'une opportunité de soirées, de rencontres et que sais-je encore.
N'eut-il pas été préférable que cette amie me téléphone, me demande mon avis, sollicite naturellement ma recommandation comme cela se faisait depuis toujours. Dans cette hypothèse, j'eus été content de l'aider dans la mesure de mes possibilités. Maintenant je suis poussé à le faire par le jeu du transfert de culpabilité. C'est un jeu habile mais terriblement malsain auquel nous invite les réseaux sociaux si leur emploi n'est plus conditionné que par leur seule utilité. Cette orientation confirme l'impression initiale de fausse gratuité puisqu'en nous inscrivant, certes gratuitement, sur les sites des réseaux sociaux, nous nous obligeons autant qu'ils nous obligent.
Participer ce n'est pas se déshabiller et cette confusion entre vie privée et vie publique semble devenir envahissante sans qu'aucune barrière ne soit plus érigeable. N'est-ce pas le Président de la CNIL qui justement appelait à la méfiance, craignant l'avènement d'une société de la surveillance ?
Finalement la société de la peur n'est-elle pas l'autre versant de l'exigence de transparence et cette intrusion croissante me paraît bien plus inquiétante, paradoxalement que les soubresauts, dans un sens ou un autre, des marchés financiers depuis un an.
* : Une nouvelle fois le moteur de recherche du Monde fut défaillant au contraire de Google qui me signala l'article sur le site 123people.fr qui est toujours très bien indexé pour la recherche de personnes.
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