Merci beaucoup Okarina pour votre commentaire éclairant. Il pose deux questions : est-ce que les grands couturiers sont des artistes ? NON
Mais
est-ce que la société a envie/intérêt à les représenter comme des
artistes ? OUI car l'art reste la plus valorisée des créations,
chargées de sens et d'émotion.
N'est-ce pas le propre des artisans
d'avoir toujours attaché à produire beau et bien ? Oui mais jamais ils
ne se prétendirent artistes. Ni Daum le verrier, ni Majorelle pour les lampes ou
encore les architectes Le Corbusier ou Wright ne le firent. Ce fut la
société qui souhaita comprendre leur travail à travers les nouveaux canons artistiques. Mais jamais eux-mêmes ne se prétendirent artistes, quand bien même l'eurent-ils faits qu'ils n'eurent été crus puisque c'est le spectateur vous consacre artiste.
Certes le talent des grands couturiers est bien superbe mais est-il moindre que celui par exemple :
-> d'un grand parfumeur ?
-> d'un grand dessinateur de voitures ?
-> d'un architecte ?
-> d'un photographe publicitaire ?
Toutes
ces personnes partagent le même souci du Beau et de l'utile c'est à
dire que la finalité de tous est de vendre, qui des vêtements, qui des
parfums, qui des voitures, qui des immeubles, qui une publicité.
Aucun
n'est appelé à faire ces travaux gratuitement et d'ailleurs aucun n'est
finalement propriétaire de sa création comme peut l'être un artiste
avant d'avoir vendu son œuvre.
Paradoxalement, les considérer comme
des artistes nous ramèneraient à Florence et au mécénat du XVI° siècle
quand les artistes travaillaient à la commande c'est à dire qu'ils
n'étaient pas encore maîtres de leur création. Les créateurs ont gagné
en conditions matérielles puisque l'industrie leur permet d'exprimer leur
talent, ce qu'ils ont peut-être perdu en autonomie artistique.
La
soumission progressive de l'art à l'industrie relève par contre
toujours d'un équilibre précaire : l'art est en surface et le processus
industriel comme soubassement.
Le dernier Festival de Cannes a
montré le risque : des robes ont été présentées, des bijoux ont été
montrés et des mannequins vivants les portaient. Ce n'était plus le
Festival du Cinéma mais celui des marques qui habillaient des artistes
dont le cinéma devenait un prétexte pour leur venue.
Le risque est identique que pour Coco Chanel: la finalité
marchande est nécessaire pour le financement des créations mais elle ne
doit jamais venir se substituer à la création artistique.
Votre question renvoie donc toujours à cet excellent auteur, Walter
Benjamin : comment concilier art et industrie dans nos sociétés
marchandes sans qu'aucune des deux facettes ne l'emporte sur
l'autre.
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