« Google pour grandir a eu recours jusqu’ici à trois méthodes qui lui sont antérieures : la pratique de « l’innovation intensive » (…), la recherche systématique des économies de synergie (….), l’utilisation des économies de réseau mises en évidence par les historiens ( …) à propos des chemins de fer, de l’énergie et des télécommunications[1]».
Les sources mentionnées par l’historien Patrick Fridenson plongent dans les débuts de la seconde révolution industrielle (chemins de fer et énergie), de la grande entreprise (recherche des synergies issues de la production de masse) et enfin de la consommation de masse (l’innovation intensive nécessaire pour se démarquer sur un marché rapidement saturé de produits banalisés). Il est notable de constater que ces trois exemples remontent à 150 ans (les chemins de fer), à 80-90 ans (les débuts de la grande entreprise dans les années 1920) et enfin à 70 ans (la consommation de masse et l’exigence d’innovation intensive).
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et les débuts de l’informatique, le coût des machines utilisées (le hardware) n’a cessé de baisser au profit des logiciels (le software) qui servent à les faire fonctionner. Après le succès de Microsoft et l’invention de son système d’exploitation présent dans plus de 90% des PC de la planète, la formule mathématique à l’origine de Google est une contribution supplémentaire à la place centrale du logiciel, c’est à dire un élément de l’économie de la connaissance par rapport au produit industriel qui fut fondateur dans l’édification de la société de consommation à compter du début du XXe siècle.
Le succès économique d’un nouveau secteur industriel (ici le gratuit) est possible grâce à sa validation par un groupe d’individus jusqu’à présent moins visible dans une société de la distinction que dans une nouvelle société à nouveau démocratique. Le fait que l’exceptionnelle réussite de Google ait été possible grâce au soutien initial d’une classe sociale particulière conforte l’analyse de Thorstein Veblen sur le lien entre succès économique et domination d’une classe sociale.
La nouvelle classe sociale dominante est devenue non plus possédante mais « créative » pour reprendre le titre d’un livre qui lui est consacrée[2].
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