Je vous invite à lire ce texte in extenso : ce n'est pas cette France-là que nous aimons et dont nous sommes si fiers !
Lisez et faîtes circuler : comment aussi mal traiter le monde de la recherche et de la science ?

13 mai
2009
Brésilienne, universitaire,
touriste et... indésirable en France
De la France, Solange
França, universitaire brésilienne venue passer quelques jours à Paris chez des
amis français, n'aura vu que la zone d'attente de l'aéroport
Roissy-Charles- de-Gaulle. Parce qu'elle était en possession d'une simple
attestation d'hébergement et non d'une attestation d'accueil officielle, elle a
été remise aussi sec dans l'avion. "L'histoire circulait depuis une quinzaine de jours,
en portugais, sur les réseaux universitaires brésiliens, nous l'avions déjà
répercutée sur le Réseau Pôle Brésil de Nanterre", raconte Idelette
Muzart, la responsable de ce réseau. Voici cette mésaventure telle que la
raconte Solange França, dans un français parfait, et son ami français Yves
Bellenand qui l'attendait à l'aéroport et ne l'a jamais vue
arriver.
Le récit de Solange
França
Comme tous mes amis le savaient, j'avais programmé
d'aller à Paris en vacances, visiter un couple d'amis Yves et Riviane, fêter mon
anniversaire, établir des contacts avec des instituts de recherches et
d'enseignement, et de réaliser mon rêve de connaître la
France.
Je suis partie d'Ilhéus le 9/4/09 à 12h32, destination
Salvador de Bahia par le vol TAM 3680 puis de Salvador de Bahia destination
Paris par le vol TAM 8068 arrivée à l'aéroport Charles de Gaulle à 14 heures le
10 /04/2009.
Au sortir de l'avion, j'ai été conduite sans aucune
explication dans une salle de la police française. Une policière a alors demandé
de vérifier mon passeport, mon billet d'avion de retour, l'argent disponible,
l'attestation d'hébergement et mes assurances. Pour prouver mon hébergement j'ai
présenté une attestation faite par Yves et Riviane Bellenand, ce couple d'amis
qui devaient m'héberger durant tout mon séjour à Paris.
Je lui ai expliqué
que je n'avais pas d'assurances spéciales mais j'ai présenté ma carte
d'assurance privée brésilienne, un bulletin de salaire émis par le gouvernement
de l'état de Bahia datant de mars 2009, montrant que je suis en activité à
l'Université de Santa Cruz à Bahia (Brésil) comme
enseignante- chercheur.
Sans autres explications,
j'ai été conduite avec deux autres personnes vers une autre salle de la police
dans laquelle se trouvait déjà un autre brésilien.
J'ai demandé des
explications au policier à l'accueil mais il m'a dit de m'asseoir avec un ton de
voix menaçant et agressif. A ce moment là, j'ai réalisé que j'allais être
expulsée de France et que je ne pourrais pas demander des éclaircissements parce
que je craignais d'être considérée comme «agressive» ce qui pourrait aboutir à des
événements encore plus graves comme par exemple
être mise en prison sur le
territoire français.
Plus tard un autre policier a mis des gants et a demandé
au brésilien de le suivre dans une autre salle. Dix minutes plus tard un autre
brésilien a été aussi emmené. Après deux policières ont demandé à deux autres
filles qui nous avaient rejoints d'aller dans une autre salle. Après ça a été
mon tour.
Dans cette salle il y avait mon sac à dos et mon sac à
main. J'ai dû mettre tout sur une table et m'éloigner de mes affaires et les
deux policières ont tout fouillé. Elles ont confisqué mon passeport et mon
argent (200 réals, 100 dollars et 1800 euros). A ce moment-là, j'ai demandé à
nouveau des éclaircissements sur l'expulsion mais une policière m'a dit de
«fermer ma gueule» sur un ton
menaçant.
J'ai présenté mon bulletin de salaire mes trois cartes
de crédit (Visa Ourocard Platinum, Mastercard Ourocard Platinum et Ourocard Gold
toutes émises par la Banque du Brésil), l'attestation d'hébergement et des
e-mails des professeurs et collègues de travail avec lesquels j'avais
l'intention de m'entretenir durant mes vacances.
En effet, j'envisageais de
faire un post-doctorat en France dans un futur proche. J'ai montré l'e-mail du
professeur Henri PLANA (professeur français à l'UESC - Université de l'Etat de
Santa Cruz à Bahia, Brésil) qui est en ce moment en stage post-doctoral au
Laboratoire d'Astrophysique de Marseille), de Michel Jean DUBOIS (français,
biologiste, qui travaille à Intervivos (www.intervivos. fr) et de Marcelo DE
PAULA CORREA chercheur brésilien, en stage post-doctoral au LATMOS
(Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales).
J'ai expliqué que je n'avais pas d'invitation officielle
pour visiter ces laboratoires parce que j'étais en vacances, mais que, même en
tant que touriste, et comme coordinatrice de recherches de l'Université,
j'allais aussi prendre des contacts professionnels pour envisager un
post-doctorat et pour articuler avec des institutions françaises la soumission
de projets dans le cadre du 7ème Programme pour l'Investigation et le
Développement Technologique de la Communauté Européenne.
Quand j'ai demandé à
cette policière comment je pourrais inverser la situation, elle m'a informé que
ce serait seulement possible grâce à une intervention de l'ambassade du Brésil
en France, et que dans la salle ou j'allais être «détenue», il y avait un téléphone et que
je pourrais m'en servir.. La même policière m'a donné le numéro de téléphone de
l'ambassade.
J'ai été conduite dans une salle de détention ou il y
avait déjà 5 autres personnes. J'avais uniquement les vêtements que j'avais sur
moi, un papier avec les numéros de téléphone de Henri et de Riviane et celui de
l'ambassade. Mon sac à dos et mon sac à main sont restés par terre dans un
couloir d'accès à cette salle et mon passeport et mon argent ont été retenus par
la police française.
J'ai appelé le numéro de l'ambassade qui répondait
seulement avec un répondeur indiquant un numéro à contacter pour les urgences.
J'ai laissé un message sur un deuxième répondeur pour expliquer ma situation.
«Détenue dans un aéroport d'un autre pays,
désespérée, espérant une aide officielle du Brésil je n'arrive à parler qu'à un
répondeur».
Le temps passait, quelques
personnes désespérées, d'autres en larmes dans une salle pas propre et où il y
avait seulement dix places assises avec un unique téléphone disputé par tous.
L'énervement, le sentiment d'insécurité et le désespoir
augmentaient.
Je crois vers 17 heures (je n'avais pas de montre) on
nous a apporté de la nourriture dans un sac: une boite de salade au thon, un
morceau de pain, un paquet de chips, une bouteille d'eau et un dessert crémeux
de bananes et pêches qui a servi à écrire les numéros de téléphones que nous
obtenions sur le mur de la salle de détention (nous n'avions ni papier ni crayon
!).
Vers 18 heures nous étions tous conduits de nouveau dans
la salle du département de police où un interprète allait nous signifier que
nous quitterions la France par le premier vol et que la seule solution était de
signer les termes du «refus d'entrée en
France» composé de 5 pages toutes écrites naturellement en
français.
Puis on est retourné dans la salle de détention ou j'ai
réussi à avoir au téléphone un fonctionnaire du consulat du Brésil qui était au
courant de ma situation ayant écouté le répondeur et ayant parlé avec mon ami
Henri. Il m'a informée qu'il ne pouvait rien faire et que je devais retourner au
Brésil. J'ai réussi à parler avec Yves et Riviane qui étaient toujours à
l'aéroport et qui avaient déjà fait des tentatives inopérantes pour prouver
qu'ils allaient vraiment m'héberger chez eux.
Vers 21 heures, le 10 avril
2009, la police m'a rendu mon argent et j'étais conduite avec 16 autres
brésiliens escortés par 10 policiers, à la porte d'embarquement pour prendre le
vol Tam JJ 8055 destination Rio de Janeiro.
En arrivant à Rio le
personnel de la TAM - inefficace et montrant leurs préjugés - m'ont rendu mon
passeport et j'ai été conduite à la police fédérale brésilienne pour ensuite
prendre le vol TAM JJ 8068 destination Salvador de Bahia, et après le vol TAM JJ
3660 destination Ilhéus.
Ce message bien que long ne
parvient pas à dire la grande frustration, la peur, l'insécurité, le manque de
respect et les préjugés que j'ai vécus durant ces 75
heures.
Présentement je voudrais que les autorités
brésiliennes et française prennent connaissance de «l'événement» que j'ai vécu
et aussi donner des éclaircissements.
En fait, ce qui devait être
un cadeau d'anniversaire a généré beaucoup de
souffrances.
Cordialement
Solange
Le récit
d'Yves Bellenand
Honte et révolte sont les deux sentiments qui m'animent
depuis vendredi dernier. Honte d'être français et révolte contre un pouvoir qui
a comme ligne de conduite la répression dans tous ses états
!
Les faits : Vendredi 10 avril , 14 heures, je suis à
l'aéroport Charles de Gaulle venu accueillir notre amie brésilienne Solange
França qui vient passer trois semaines avec nous. C'est l'occasion pour elle de
fêter son 40ème anniversaire et de prendre aussi des contacts professionnels en
vue d'un post-doctorat. Solange est professeur-chercheu r à l'Université
Santa Cruz de Bahia.
L'avion s'est posé à l¹heure.
15 heures, Pas de
Solange !
15h30, j'interpelle un policier et lui demande si tous les
passagers sont sortis de la salle de débarquement. «Non, il y en a encore en salle de police !»
16h, inquiet, je demande à un douanier qui passait s'il
veut bien me dire si Solange França a quelque problème. Il revient dix minutes
après: «la personne est retenue par la
police parce qu'elle n'a pas tous ses papiers en règle. Vous devez vous rendre
dans la zone de fret 1 à ZAPI 3»
Aucune indication dans la
zone de fret 1 ne signale la ZAPI 3 ! Je finis par trouver. Là j'expose la
situation et on me dit qu'on ne peut me donner aucun renseignement, les
personnes détenues n'étant pas encore transférées en Zone de détention. Elle me
donne un numéro de téléphone à appeler entre 19h et 20h et me fait comprendre
que je ne peux rester là.
Vers 18h nous réussissons à
avoir la ZAPI au téléphone «deux problèmes :
attestation d'hébergement non officielle et problème
d'assurances..»
Nous arrivons devant la
grille de la ZAPI à 19h20 Là, «c'est fermé
revenez demain matin à 8 h.»
Nous nous rendons à
l'aéroport et nous demandons à voir l'officier de police de quart. Nous
expliquons à un policier que nous n'étions pas au courant de l'attestation
d'accueil délivrée par la mairie ou la préfecture mais que nous avons fourni une
attestation d'hébergement sur papier libre. L'officier de quart dit «impossible !»
Notre amie a été
renvoyée dans son pays à 21 h 50 sans qu'on ait pu la voir
!
Je suis révolté, non seulement par les conditions de
détention, mais aussi par la désinvolture et le manque d'humanité qui ressort de
cette lamentable affaire, et plus encore par la restriction de nos libertés
individuelles qui découle des conditions de l'établissement de cette
«attestation d'accueil» officielle qui est demandée par l'Etat français aux
étrangers venant de l'extérieur de l¹espace Schengen.
En effet
renseignements pris, on demande l'avis d'imposition de la personne qui
accueille, trois quittances d'électricité, une quittance de loyer, l'état de
salubrité du logement et la photocopie de la pièce d'identité entre autres
renseignements et 45 euros de timbres fiscaux. Et la mairie ou la préfecture
peuvent ne pas autoriser l'accueil. La France a vraiment perdu son aura de
«terre d'accueil».
N'avons-nous plus le droit de recevoir nos amis
étrangers sans en demander l'autorisation ? C'est une restriction de plus de nos
libertés individuelles.
Si comme moi vous êtes
choqués et honteux faites passer ce courriel à tous vos amis.
Merci.
Yves Bellenand
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