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26 mars 2007

La nouvelle responsabilité citoyenne des fonds d'investissement

Il ne se passe plus un jour sans que les fonds d'investissement soient accusés des pires maux : licenciements, délocalisations, maximisation des profits, .... Haro sur les pros du LBO titrait Le Monde le 14 mars. Ce samedi un article de Libération titrait sur la folle semaine des Fonds d'investissement en revenant sur trois transactions phares la semaine passée.

Ce lundi les journaux poursuivaient leur réflexion sur le sujet et je vous invite notamment à lire les commentaires des abonnés du Monde.

Une société était vendue à un prix qui atteignait presque le double du montant d'achat, sept années plus tôt. Une autre société cotée en Bourse était poussée à la fusion par certains fonds d'investissement actionnaires à hauteur de 1% et voyait son titre augmenter de prés de 10% en une semaine. Le troisième exemple est la concurrence de fonds d'investissement pour l'avenir d'une société. Dans les trois cas la valeur des actions a augmenté sensiblement et pourtant le journaliste du quotidien critique la politique des fonds. N'y avait-il pas une autre conclusion possible.
Et si les salariés avaient aussi été actionnaires la conclusion aurait-elle été identique.

Sans vouloir se faire le défenseur de ce modèle d'actionnariat il paraissait intéressant d'interroger leur réalité et de comprendre quels sont les effets de ce nouveau mode de propriété des entreprises qui semble voué à croître.

QUELQUES REFLEXIONS SUR L'IMPORTANCE PRISE PAR LES FONDS D'INVESTISSEMENT

1. La démographie des entrepreneurs
Le vieillissement de la population entrepreneuriale est une réalité liée à la profusion des créations d'entreprise dans les années 50 à 70. Les instances spécialisées parlent de 300.000 cessions d'entreprises forcées dans les cinq prochaines année et d'une insuffisance d'acquéreurs, privés ou cotés. Dans cette perspective les fonds d'investissement apparaissent comme des relais momentanés pour la détention et la valorisation de la propriété de ces entreprises.

2. L'ouverture des marchés entraîne une spécialisation des entreprises qui les poussent à la cession des activités qu'elles considèrent comme périphériques et/ou qui ne correspondent plus à leur cœur d'activité.

3. La diversification des investissements
Les fonds d'investissements représentent une alternative complémentaire à la diversification des risques nécessaires au fur et à mesure de l'accroissement des contributions de chacun à des fonds de retraite par répartition.

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4. Une méconnaissance de la dégradation du climat social
Thomas Philippon rapporte dans son intéressant essai, Le capitalisme d'héritiers, combien la France souffre de relations sociales rigidifiées par une absence de circulation du capital. Il est surprenant mais heureux de lire dans une collection, La République des Idées, fondée par Pierre Rosanvallon et clairement située à gauche une critique du capitalisme familial qui appelle à une démocratisation de l'actionnariat et par voie de conséquence des relations sociales. L'auteur parle aussi de syndicalisme d'héritiers et préfère  choisir le camp du mouvement des hommes, des idées et du capital plutôt que la rigidité et le conservatisme des idées toutes faites sur l'aspect néfaste, toujours néfaste du Grand Capital.

L'évolution est salutaire mais charge aux fonds d'investissement de savoir répondre à cette demande de démocratisation des relations sociales et plus généralement d'une nouvelle matière d'entreprendre et de gérer qui associe plus étroitement capital et travail.

DES CONSEQUENCES DE CETTE NOUVELLE RESPONSABILITE POUR LES FONDS

1. Une industrie leader en Europe

La croissance des fonds en France leur a permis d'atteindre la deuxième place en Europe et de devenir des acteurs économiques incontournables. Il n'empêche que les critiques sont parfois justes comme la création par le syndicaliste CGT, Philippe Matzkowski, d'un Collectif LBO rapporté dans Le Nouvel Economiste N°1377 du 1° mars : "Histoire de discuter du partage de la plus-value dégagée par ces cessions et surtout que les salariés n'en fassent pas les frais comme on a pu le constater à plusieurs reprises."

Cette prise de position consacre le réformisme d'un syndicalisme désireux de partager les fruits d'une réussite sans la critiquer de manière systématique.

2. Des entreprises sous LBO  créatrices d'emploi

Différentes enquêtes regroupées dans un article d'Annie Kahn du Monde établissent leur degré de création d'emploi supérieur aux entreprises en général. Quand bien même ces études ont toutes été commandées par les Associations française ou européenne du Capital-Risque ( AFIC et EVCA) leur convergence est confortée par le fait que ces entreprises subiraient un moindre absentéisme et un taux de turnover plus faible. Cette évolution positive est souvent possible car les méthodes de management évoluent après l'acquisition par un fonds d'investissement en tendant vers des objectifs de rentabilité immédiats. Finis les politiques de groupe, les investissements d'image, les recherches à moyen ou long terme ce qui a une incidence immédiate sur la politique marketing de l'entreprise.

3. Un marketing réinvesti sur des objectifs plus facilement compréhensibles

A l'opposé des idées reçues, le marketing est soutenu et les investissements publicitaires augmentent comme nous l'avaient commenté Xavier Riescher chez Panzani et plus récemment Steven Lieberman chez Findus. Les entreprises sous LBO ont tendance à sophistiquer leurs produits pour essayer d'augmenter les prix donc les marges en augmentant aussi les investissements publi-promotionnels. C'est une chance pour le marketing qui re-devient clairement une fonction clé dans les acquisitions d'entreprises sur des marchés matures (agro-alimentaires, hygiène-beauté) notamment.
Le seul bémol est la durée relativement courte de détention des titres (cinq à sept ans) peut freiner le développement  commercial de la marque et de l'entreprise. C'est clairement le cas lorsque l'entreprise est le fruit d'une cession d'un groupe international qui va freiner le développement international pour protéger ses autres marchés.C'est aussi le cas lorsque l'entreprise est sous dimensionnée pour l'international et que le fonds propriétaire préfèrera la vendre plutôt qu'investir dans le développement. Ce fut le cas avec le Petit Marseillais qu'UBS préféra vendre à Johnson & Johnson plutôt qu'investir dans l'internationalisation de la marque.
L'importance croissante des fonds d'investissement va imposer aux directions marketing un travail plus opérationnel et moins de réflexion qui reste encore à expliciter. Le recours aux données chiffrées sera privilégié sur les études qualitatives longues car les circuits de décision sont souvent réduits dans ces nouvelles structures à l'horizon plus à court-terme.

La compensation à cette orientation opérationnelle du marketing et au delà de l'ensemble du personnel repose clairement sur une implication croissante dans les circuits de décision et une hausse de la participation financière aux revenus. C'est un nouveau marketing particulièrement intéressant que les entreprises sous LBO pratiquent mais son succés dépend d'une rémunération immédiate par rapport à une gratification future qui a disparu (formation, expatriation au sein d'un groupe, etc ...).

DES OBLIGATIONS FUTURES DIFFERENTES

La première période des fonds d'investissement s'achève  sur une décennie de succès qui leur a permis de rassurer leurs premiers actionnaires et ainsi d'en attirer un nombre croissant. Une nouvelle période s'ouvre pour les fonds qui va les conduire à se tourner plus vers les entreprises acquises pour les convaincre du bien-fondé de leur politique car seule l'adhésion du plus grand nombre permettra de valider un modèle d'actionnariat qui est appelé à perdurer.
En matière d'investissement il y a eu une succession de véhicules :

1. Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) ont réconcilié les français avec la pierre dans les années soixante après une succession de scandales et de faillites retentissantes.
2. Les SICAV (Sociétés d'investissement en actions variables) ont  contribué à accroître la part des investissements des français en action et obligations via les Banques.
Il en alla de même avec l'Assurance-Vie pour les Compagnies d'Assurance et l'actionnariat populaire valorisé à partir des privatisations de l'année 86.
A chaque fois le vecteur de l'investissement a pu perdurer en associant le plus grand nombre de français à sa réussite et surtout en imposant des garde-fous internes stricts et communément admis par la profession concernée.
C'est ce tournant que doivent franchir les Fonds d'investissement en associant les Français salariés à une nouvelle forme de détention plus participative du capital.

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